Hello,
Cette semaine, je vous propose un entretien avec un jeune luthier très sympathique Julien Regnier, très bon guitariste (jugez plutôt son parcours) et très doué de ses mains. Julien propose bien sur tous ses modèles en gaucher et droitier. Julien nous parle de son apprentissage dans le monde de la lutherie et son approche dans le travail du bois.
Julien mérite vraiment qu’on prête attention à son travail et ses réalisations. Il représente pour les gauchers le contact idéal pour toute demande d’instrument sur mesure. Vous pouvez voir ses superbes vidéos de tous ses modèles gauchers réalisés ou julien nous démontre en plus ses talents d’ancien guitariste professionnel.
Amis gauchers, voila un contact incontournable !!!!!
1/ D’où t’est venue la passion pour la lutherie de guitare et quel a été ton apprentissage ?Le fait d’être guitariste et gaucher, ne t’a t’il pas influencé dans ta volonté de faire ce métier ?
A vrai dire je me suis vu offrir ma première guitare à l’âge de 8 ans. J’étais gaucher contrairement à cette même guitare (bien que tout de même symétrique, copie de 335 !), il m’a paru évident de retourner les cordes plutôt que d’apprendre « à l’envers ». Quelques bricolages d’adaptation plus tard et autres démontages (en grand curieux de comprendre le fonctionnement des choses), j’étais déjà en train de fabriquer du début à la fin mon premier instrument « made in home ». Donc en effet, mon côté gaucher a complètement influencé mon penchant pour la lutherie.
Quant au fait d’être musicien (indépendamment du sens dans lequel l’instrument est tenu !), je me suis très jeune interrogé sur le rapport « instrument/instrumentiste », chacun des deux ayant son rôle à jouer pour obtenir un son précis. Cette quête à propos de ce mariage m’a toujours fasciné, et je crois que de pouvoir essayer les instruments en tant que guitariste et luthier a été nécessaire quant à ma conception de la musique et de la lutherie.
Pour ce qui est de mon apprentissage de l’un comme de l’autre, curiosité, exigence, et créativité ont été mes maîtres d’école ! En effet, je suis complètement autodidacte, et ce dans tout ce que je fais finalement. Apprendre par soi-même peut être plus laborieux, mais cela fait d’avantage appel aux sens, ne pas faire qu’apprendre, mais surtout comprendre. Après je n’ai rien contre les écoles, il y en a pour qui ça convient, mais je n’ai pas vraiment ce profil.
2/Tu réalises aujourd’hui de belles guitares, avec des formes étonnantes et qui sonnent merveilleusement bien, peux tu nous en dire plus sur ton approche artistique ?
Merci pour la formule ! Comme je l’ai dit plus haut, le son a toujours été une quête pour moi. Ainsi, ces « formes étonnantes » sont nées d’une réflexion face à un problème fréquemment rencontré concernant les basses fréquences des guitares acoustiques. L’idée était de rendre le grave un peu plus « compact », moins « mou », et par conséquent de permettre un médium plus présent. Mes guitares ont beaucoup de dynamique et de présence (modulable selon les essences et la rigidité du barrage/table). Après, on conserve le timbre caractéristique de chaque modèle, on ne joue pas une D comme une OM ou une Jumbo… On choisit aussi la réponse et le sustain de la guitare en fonction de la densité du bois, de sa section, de la force du barrage, comme sur tout instrument d’ailleurs.
Pour les autres instruments (bouzouki, oud, mandoline, banjo, etc…), mon projet était de les adapter au jeu du guitariste, leur forme un peu spécifique a été dessinée à des vues ergonomiques, afin de pouvoir tenir l’instrument comme on tiendrait une guitare.
Pour ma Newcaster, c’est une sorte de rassemblement des éléments que j’aime dans la guitare électrique, la forme n’est pas très spéciale, hybride strato-tele-les-paul ?!
En revanche, elle peut être solidbody, semi-hollow, le diapason peut varier ainsi que le type d’électronique et d’accastillage, toujours en discussion avec le guitariste.
Comme tu l’as constaté, je ne suis pas le luthier à qui on commande la réplique de la vieille Martin de vos rêves (tant le font déjà avec brio)! Les copies m’ennuient, en tant que luthier (mais aussi guitariste) j’ai eu envie d’aller plus loin. Ainsi, mes modèles sont issus de mes expériences, j’ai respecté certaines règles, sans hésiter à en braver d’autres, toujours en faisant plus confiance à mes sens qu’à ce qu’il serait écrit sur un plan. Ensuite, je laisse le musicien décider du reste : essences des bois (avec cohérence), taille du manche, taille de caisse… tout ça en fonction du type de sonorité recherchée. Mais rien d’innovant dans cette démarche, beaucoup de luthiers comme Georges Lowden, Linda Manzer, ou encore Matt McPherson (et j’en passe !) n’ont jamais démordu de leurs idées, et proposent quelque chose de différent (et bien sûr qui sonne !).
Pour finir sur mon approche artistique, j’essaie d’utiliser des bois en préservant l’environnement (j’évite donc les bois rares / en voie de disparition / exterminés). J’utilise aussi des produits le moins nocifs possible pour les finitions, et je ne teinte jamais le bois, préférant laisser s’exprimer les nuances naturelles.
3/ Des projets ou infos, actualités à exprimer ?
Les projets, les idées n’arrêtent pas ! Une série de ukulélés se termine tout doucement, que je planche déjà sur la future Newgipsy !
Et puis j’espère que les gauchers n’allez pas le prendre comme une trahison, mais je fabrique actuellement des modèles droitiers… Et oui, guitariste gaucher, mais bien entendu luthier pour droitiers aussi !
Merci julien pour cette interview et bonne continuation !!
ci dessous quelques extraits de ses modèles et vidéos que vous pouvez retrouvez sur sa chaine youtube
ici sur the thrill is gone, un solo repris sur plusieurs de ses modèles électriques Newcaster
ici au lap steel, sur ses modèles Résophonic et Newcaster sur des sonorités faisant penser à un certains mark k……
Enjoy
Proud to be lefty